Samantha Cristoforetti enfin sortie dans l’espace

En scaphandre russe Orlan, l’astronaute européenne a réalisé le 21 juillet une sortie hors de l’ISS plusieurs fois reportée.

Crédit : ASI

C’est l’événement que l’on n’attendait plus. Plusieurs fois pressentie puis reportée, la première sortie extravéhiculaire de l’astronaute italienne Samantha Cristoforetti depuis la Station spatiale internationale a finalement eu lieu le 21 juillet, en compagnie du cosmonaute russe Oleg Artemiev, qui réalisait pour sa part sa sixième sortie.

Appelée VDK-54 car il s’agissait de la 54e EVA russe programmée depuis l’ISS, elle avait en effet été reportée à cause de problèmes techniques rencontrés sur le bras robot européen ERA après sa première activation, intervenue après l’EVA VDK-53 réalisée le 28 avril dernier.

D’autre part, les relations très tendues entre l’Agence spatiale européenne et l’entreprise d’Etat russe Roskosmos liées à la guerre en Ukraine avaient fait craindre l’annulation de la participation de Samantha Cristoforetti à toute sortie spatiale avec les Russes, voire une annulation de la coopération de ces derniers sur le bras ERA.

Rappelons que pendant ce temps-là, suite à des problèmes constatés sur leurs scaphandres EMU, les Américains ne sont pas autorisés à sortir de l’ISS, sauf en cas d’urgence.

Capture d’écran de Samantha Cristoforetti (scaphandre à bandes bleues) au travail dans le vide spatial
Crédit : NASA TV

Déploiement de dix nanosatellites

Réalisée depuis le sas de sortie Poisk, la première tâche des deux cosmonautes a consisté à déployer dix cubesats russes expérimentaux en technologies radio, d’une masse de 500 grammes chacun.

Les satellites avaient été livrés sur la Station spatiale à bord des vaisseaux de ravitaillement Progress MS-19 et MS-20, respectivement en février et juin dernier.

Il s’agit de 8 satellites appelés UZGU-55 N°5 à 12, ainsi que Tsiolkovsky-Ryazan N°1 et 2.

Les « lancements » ont été effectués à la main par Oleg Artemiev, un satellite après l’autre, à l’aide d’une poignée fixée sur chaque exemplaire.

On notera que le septième satellite lancé a effleuré un panneau solaire de la station, sans toutefois causer de dégâts.

Les satellites ainsi placés sur orbite basse devraient rentrer de façon naturelle dans l’atmosphère dans quelques mois.

Crédit : NASA TV
Crédit : NASA TV

Poursuite de l’installation du bras ERA

Mais la principale tâche de cette sortie était de continuer à préparer le bras robot européen ERA (livré il y a un an avec le module Nauka sur l’ISS) pour ses futures activités, en particulier permettre l’installation d’un nouveau sas de sortie sur le module Nauka, qui doit intervenir dans les prochains mois.

A cette fin, les cosmonautes ont fixé en position provisoire à l’extérieur du module Poisk un adaptateur, qui sera utilisée plus tard sur ERA pour transférer le sas depuis le module Rassvet, où il est stocké actuellement.

Crédit : NASA TV

Artmeiev et Cristoforetti ont également installé une plateforme sur le module Nauka, et remplacé une vitre de protection sur un projecteur situé sur le bras robot européen.

Enfin, et malgré les protestations de Oleg Artmeiev, la tâche consistant à poser une extension sur la poutre télescopique Strela a été abandonnée et reprogrammée sur une prochaine sortie, à cause du retard pris dans les opérations.

Quelques statistiques

La durée totale de l’EVA a été de 7 heures et 5 minutes.

Il s’agissait de la 251e sortie réalisée depuis 1998 dans le cadre du programme ISS.

Par contre il faut savoir que la dernière sortie spatiale réalisée en scaphandre Orlan par un non-Russe date de… juin 2009. Il s’agissait de l’astronaute américain Michael R. Barratt dans le cadre des opérations d’assemblage de la station.

Samantha Cristoforetti lors d’une séance d’entrainement en Orlan avec son collègue allemand Alexander Gerst
Crédit : ESA

Avant Samantha Cristoforetti, trois astronautes de nationalité européenne étaient sortis en scaphandre russe (les Français Jean-Loup Chrétien et Jean-Pierre Haigneré, et l’Allemand Thomas Reiter), mais depuis la station russe Mir.

Huit autres Européens sont sortis depuis la navette spatiale américaine ou l’ISS, utilisant un scaphandre américain (le Suisse Claude Nicollier, les Français Philippe Perrin et Thomas Pesquet, le Suédois Christer Fuglesang, les Allemands Hans Schlegel, Alexander Gerst et Matthias Maurer, l’Italien Luca Parmitano et l’Anglais Tim Peake).

Crédit : Nasaspaceflight.com
EVA européennes au 12/09/2021, avant celles de Matthias Maurer et Samantha Cristoforetti.
Crédit : ESA

Jacques Bocherens