Privés de sortie

Crédit : ESA / NASA

La présence récurrente d’eau dans le casque des scaphandres américains reste inexpliquée.

Après la sortie dans l’espace de l’astronaute allemand Matthias Maurer, effectuée le 23 mars dernier à l’aide d’un scaphandre EMU de la NASA, on se souvient que de l’eau avait été retrouvée dans le casque.

Un problème identique (avec une conclusion qui aurait pu être beaucoup plus dramatique) s’était déjà déclaré lors de la sortie de l’astronaute italien Luca Parmitano, en juillet 2013.

Pour ce dernier, la sortie avait dû être écourtée en urgence, alors que l’astronaute avait rapporté avoir de l’eau dans les yeux, les oreilles et le nez. Seul son sang froid et son calme avaient permis d’éviter le pire, alors qu’il commençait à avoir des difficultés à respirer correctement.

Et pour cause : 1,5 litres d’eau avaient été retrouvés dans son casque après son retour dans le sas de la Station spatiale internationale !

Une solution provisoire

Une inspection détaillée du scaphandre avait alors révélé un défaut qui conduisait un composant à envoyer de l’eau dans les conduits de ventilation. En attendant de pouvoir résoudre le problème, des moyens de réduction du risque ont été mis en place en deux temps par la NASA.

Tout d’abord, une sorte d’absorbeur d’humidité a été mis en place à l’arrière du casque, dit HAP (pour « Helmet Absorption Pad »), en complément d’un deuxième tube d’arrivée d’air en cas de nécessité. Ce « pad » est surveillé tout au long de chaque EVA par l’astronaute. C’est celui-ci qui a été retrouvé imbibé d’eau à la fin de sortie de Matthias Maurer, en plus de la présence d’un film d’eau sur la moitié de la surface de la verrière du casque.

Ensuite, un deuxième absorbeur d’humidité a été rajouté pour bloquer toute arrivée d’eau vers l’avant du casque. Mais au final cela n’a pas suffit à régler le problème.

De nouveaux exemplaires de ces absorbeurs ont été apportés par l’équipage de Crew-4, ainsi que la capsule Starliner, qui s’est amarrée le 21 mai à la station.

Sorties américaines annulées jusqu’à nouvel ordre

Devant l’impossibilité d’inspecter correctement et de réparer les scaphandres américains dans la station, décision a donc été prise de rapatrier au sol l’un d’entre eux (celui notamment utilisé en mars par Matthias Maurer), à l’aide de la capsule Dragon CRS-25, qui rejoindra l’ISS en juin et rentrera sur Terre le mois suivant.

L’une des raisons possibles à ces problèmes techniques pourrait être l’âge avancé des scaphandres. Ceux-ci sont en effet tous en fin de vie, et attendent la relève par la nouvelle tenue dite xEMU, qui a pris des années de retard – à tel point que SpaceX a proposé son aide à la NASA.

Jusqu’à ce jour, la NASA espérait continuer à utiliser les combinaisons actuelles jusqu’en 2028, mais n’est pas sûr que cela reste possible.

En attendant donc d’effectuer des analyses plus précises sur le scaphandre rapatrié et de trouver une solution définitive, ce sont toutes les sorties américaines dites « programmées » qui sont suspendues depuis le 12 mai.

Cela concerne en particulier les deux sorties prévues en août et les deux sorties prévues en novembre, qui devaient permettre d’installer de nouveaux panneaux solaires IROSA.

Seules les sorties d’urgences restent possibles, si nécessaires.

Crédit : NASA

Prochaine sortie russe également reportée

On notera que, par pur hasard du calendrier, les prochaines sorties russes ont également dû être reportées, mais pour des raisons différentes.

Suite à des problèmes techniques sur la mise en service du bras robotique européen ERA, qui n’a pas répondu correctement à des commandes envoyées depuis l’intérieur de la station, la prochaine sortie prévue le 19 mai a été reporté d’un mois, au 20 juin.

Au passage, on ne trouve désormais plus aucune affectation de l’astronaute italienne Samantha Cristoforetti à une quelconque sortie russe à venir…

Jacques Bocherens