Une sortie pour activer le bras ERA

Deux cosmonautes russes sont sortis dans l’espace le 18 avril pour préparer la mise en service du bras robotique européen ERA sur la Station spatiale internationale.

Crédit : NASA TV

Lundi 18 avril, les cosmonautes Oleg Artemiev et Denis Matveïev (arrivés sur l’ISS le 18 mars dernier) ont réalisé une sortie dans l’espace depuis le sas Poisk de la partie russe de l’ISS, afin de commencer les opérations nécessaires à la mise en service du bras robotique européen ERA (European Robotic Arm / Bras robotique européen), installé sur le module-laboratoire MLM Nauka (livré fin juillet 2021).

Après s’être déplacés vers le lieu d’intervention, les deux hommes ont commencé par installer et tester un panneau de contrôle appelé EMMI (External Man Machine Interface / Interface Externe Homme Machine), qui permettra de commander le bras depuis l’extérieur de la station.

Crédit : NASA TV

Ils ont ensuite enlevé des panneaux de protection à chaque extrémité du bras, puis ont installé trois rails sur le module Nauka. Enfin, ils ont installé un « adaptateur de station de travail portable » sur le même module.

Crédit : NASA TV

La sortie a duré au total 6 heures et 37 minutes.

Il s’agissait de la quatrième EVA pour Oleg Artemiev mais de la première pour Denis Matveïev.

Pour la Russie, il s’agissait de la deuxième sortie réalisée en 2022 et de la 52e depuis les débuts de l’assemblage de la Station spatiale internationale, sur un total de 249.

Une première EVA qui en annonce d’autres

La prochaine sortie pour continuer les opérations sur le bras robotique est déjà prévue le 28 avril (EVA russe n°53).

D’autres suivront au mois de mai pour activer ERA, avec la participation probable de l’astronaute européenne Samantha Cristoforetti, qui doit rejoindre la station sur le vol Crew 4 de Space X, aujourd’hui prévu le 23 avril.

Il est ensuite prévu de préparer l’installation et la mise en service du sas de sortie de Nauka. Ce dernier, ainsi que d’autres éléments comme un radiateur déployable, sont à l’heure actuelle stockés depuis mai 2010 sur le module Rassvet livré en mai 2010 par la navette spatiale américaine lors de la mission STS-132.

Le sas sera mis en place sur Nauka à l’aide du bras ERA une fois celui-ci complètement opérationnel, ce qui est à l’heure actuelle prévu au plus tôt en septembre.

14 ans de retard

Le bras ERA présente une histoire longue et tourmentée. Initialement étudié pour les besoins du projet d’avion spatial européen Hermes abandonné en 1992, puis prévu pour être livré par une mission de la navette spatiale américaine sur un module nommé SPP (Science Power Platform), également abandonné depuis, son sort en définitive a directement été lié au module Nauka, initialement envisagé en 2007.

Le bras ERA est considéré comme le bras robotisé techniquement le plus avancé de la station. Pesant 630 kg pour une longueur de 11,3 mètres, il est conçu pour être exclusivement utilisé sur la partie russe de la station.

Celle-ci se trouve en effet hors de portée des bras américains et japonais (présentés dans la série d’articles Des robots et des hommes), et présente des interfaces d’accrochage mécanique différentes du reste de la station.

ERA présente notamment la particularité d’avoir une « main » à chacune de ses extrémités, et peut ainsi s’accrocher à la station indifféremment d’un côté ou de l’autre.

Il peut également se déplacer d’un point d’ancrage à un autre le long de la station.

Il est pilotable à la fois depuis l’intérieur du module Zvezda, mais aussi directement depuis l’extérieur par un cosmonaute, via l’interface EMMI installée le 18 avril.

En dehors des opérations décrites plus haut, ERA sera principalement utilisé pour de la maintenance ou des réparations.

A l’origine, il devait aussi servir lors de l’assemblage de futurs modules qui devaient venir compléter le segment russe mais ceux-ci semblent aujourd’hui abandonnés, sinon prévus sur une hypothétique future station nationale, prévue au plus tôt après 2024…

Crédit : ESA

Jacques Bocherens