
Le 1er février, l’astronaute allemand Matthias Maurer et l’astronaute américaine Kayla Barron se sont prêtés à un véritable examen médical à bord du laboratoire américain Destiny de la Station spatiale internationale (« US Lab ») : ils ont chacun réalisé une échographie d’une partie de leur colonne vertébrale, précisément entre la septième vertèbre cervicale et la cinquième vertèbre lombaire. Les deux astronautes ont tour à tour été sujet puis opérateur, avec le soutien de médecins au sol.
L’examen, appelé Ultrasound Lumbar Spine Scan (Scan de la colonne lombaire par ultrason), s’inscrit dans le cadre des contrôles médicaux de routine à bord de l’ISS du système de maintien de la santé HMS (Health Maintenance System). Il utilise un échographe du commerce modifié, Ultrasound 2, dont les images vidéo sont transmises au sol en temps réel par l’intermédiaire du convertisseur de puissance vidéo du rack d’expériences HRF (Human Research Facility) du Lab.
Jusqu’à six centimètres de plus
L’examen permet notamment de caractériser les modifications de la colonne vertébrale en cours de mission : en l’absence de pesanteur, les disques intervertébraux, qui assurent habituellement un rôle d’amortisseur entre les corps vertébraux constitué d’os, ne sont plus soumis à la pesanteur et se dilatent, laissant la colonne s’étirer comme un ressort qui serait libéré après avoir été légèrement comprimé.
Du coup, les astronautes… grandissent – provisoirement : ils peuvent gagner jusqu’à 6 centimètres par rapport à leur taille sur Terre (environ 3 % de plus). Mais une telle modification entraîne fréquemment des douleurs dorsales et nombreux sont les astronautes qui en souffrent.
Le passage par lequel les nerfs passent entre chaque vertèbre afin d’assurer l’innervation des membres supérieurs et inférieurs peut également se trouver modifié par cet étirement du rachis, et cela peut créer un pincement (conflit entre le disque et la racine nerveuse) – autrement dit, une sciatique.
Thomas Pesquet, qui mesure habituellement 1,84 m, avait ainsi grandi de 4 centimètres au retour de sa première mission, en juin 2017, avant de retrouver sa taille normale au bout de quelques semaines. Ce retour à la normale peut aussi se révéler douloureux, avec des hernies discales fréquentes lorsque les disques intervertébraux réintègrent leur place habituelle sous l’effet de la pesanteur terrestre.
Les médecins essaient donc de prévenir ces douleurs mais aussi les blessures que pourraient entraîner ces modifications pas anodines.
Pierre-François Mouriaux et docteur Guélove Nolevaux
