Les Ailes d’astronautes – Les vols touristiques

En 2004, avec les trois vols du SpaceShipOne (le premier avion expérimental privé américain volant à plus de 100 km d’altitude), la FAA (l’autorité fédérale américaine de l’aviation) accorde le titre d’astronautes commerciaux aux pilotes. Un nouveau logo est créé : des ailes avec un symbole d’astronaute plus petit et sur fond cerclé vert.

A partir de 2018, ces mêmes ailes d’astronautes commerciaux sont données aux pilotes et membres d’équipage du SpaceShipTwo de Virgin Galactic. La FAA convient également que les vols qui atteignent 80 km sont qualifiés de vols spatiaux.

Ici, la remise des ailes à Beth Moses après son vol spatial à bord de SpaceShipTwo en janvier 2019 :

Il est en revanche bien acquis dans l’esprit des autorités aéronautiques, tant internationale qu’américaine, que les « simples passagers » de SpaceShipTwo (comme ceux à bord de la capsule New Shepard de Blue Origin) ne peuvent en aucun cas porter le titre d’astronaute. C’est pourquoi Virgin Galactic et Blue Origin ont créé un insigne spécial pour commémorer leur vol spatial (bon, à 250 000 € le billet en moyenne, c’est normal d’abord une petite preuve quand même 😉 😉 😉 ).

Voici celui pour les passagers ayant volé « spatialement » à bord du SpaceShipTwo.

Mais, en 2021, la donne change avec l’envoi de huit missions embarquant pour la plupart des touristes passifs en majorité, dont trois orbitales (Inspiration4, Soyouz MS-19 et Soyouz MS-20).

Comment doit-on considérer ces personnes ayant été malgré tout dans l’espace ? Je ne reviens pas sur l’altitude, d’autres le feront bien mieux que moi, mais la question se pose.

Pour la FAA, elle ne considère pour l’instant comme astronaute commercial d’un vol suborbital que les pilotes et les membres d’équipage, donc des personnes qui ont suivi un entraînement intensif normalement. Ce qui, par exemple pour le premier vol touristique du SpaceShipTwo en juillet dernier, ne donne le titre d’astronaute commercial qu’aux deux pilotes et à la responsable des vols chez Virgin Galactic, excluant donc les trois autres passagers.

Pour les quatre vols touristiques de Blue Origin de capsule la New Shepard de cette année (le dernier est prévu le 11 décembre), bien qu’ils aient volé au-delà des 100 km d’altitude, le titre d’astronaute, même commercial, n’est pas accordé. C’est à Blue Origin de trouver ce qu’il faut faire pour que le client soit reconnu comme ayant été dans l’espace, sans avoir le titre d’astronaute.

Remise du pin’s souvenir à Wally Funk après le premier vol Blue Origin en juillet dernier :

Pour le vol touristique Inspiration4 de SpaceX où quatre touristes ont volé en orbite à bord du vaisseau Crew Dragon (plus haut que l’ISS !), le titre conventionnel d’astronaute ne leur est pas attribué. Ce sont des passagers SpaceX. Mais SpaceX a créé spécialement pour eux un insigne spécial, avec un… dragon.

L’ESA (l’Agence spatiale européenne) a aussi créé ses ailes d’astronautes que l’on peut voir porter depuis la sélection 2009. Les lettres ESA remplacent le symbole d’astronaute de la Nasa.

Il y avait déjà des ailes pour ce groupe d’astronautes européens, des ailes du centre d’entraînement des cosmonautes. Des ailes signifiant qu’ils avaient passé les tests pour voler après leur formation à une mission (on peut voir les lettres ЦПК en argent avant le vol et or après).

Il y a des ailes en argent et d’autres dorées. Il ne semble pas y avoir de règles précises puisque Thomas Pesquet a porté des ailes argentées jusqu’à récemment.

De plus, les trois astronautes militaires de l’ ESA (Samantha Cristoforetti, Luca Parmitano et Tim Peake) portent, depuis leur premier vol, des ailes spécifiques relatives à leur métier de pilote militaire (Italian Air Force pour les deux premiers et Royal Air Force pour le dernier).

L’association des explorateurs de l’espace (ASE) dont les membres ne sont exclusivement que des personnes ayant volé dans l’espace en effectuant au moins une orbite, a proposé un symbole, à l’initiative de son directeur Andy Turnage, de l’astronaute Michael Lopez-Alegria et du cosmonaute Pavel Vinogradov : un insigne universel qui signifie que la personne a été dans l’espace. Il est composé de deux chevrons, un ascendant et un descendant, surmontés d’une étoile signifiant l’aller dans l’espace et le retour sur Terre. A cela vient s’ajouter un cercle pour ceux qui auront fait au moins une orbite autour de la Terre.

Pour terminer ce petit tour d’horizon, le logo de la Nasa pour ses vols par des sociétés privées (Space X et Boeing), le Commercial Crew Program reprend un symbole que vous connaissez bien maintenant 😉

Depuis le 10 décembre 2021, la FAA ne donne plus de Commercial Astronauts Wings comme elle a donné pour les 3 vols dans l’espace de SpaceShipOne en 2004 et ceux de SpaceShipTwo jusqu’en 2019.
Avec la multiplication d’un nombre important de passagers à bord du vaisseau de Virgin Galactic et la capsule de Blue Origin, cela n’aurait plus de sens (peut être garde t-elle cette option pour les pilotes de Virgin Galactic qui, eux du coup dont bien des professionnels, mais rien n’est encore spécifié).
Donc, à partir de ce 10 décembre, toute personne franchissant les 50 miles (80 km) sera considérée par la FAA comme ayant volé dans l’espace, et se verra inscrite sur une liste sur le site de l’agence fédérale américaine.

Mais qu’en sera-t-il des futurs passagers qui ne décolleront pas du territoire américain, auxquels seules s’appliquent les règles de la FAA ? En effet, les règles de la FIA, elles, considèrent la frontière avec l’espace à 100 km d’altitude.

La proposition de l’ASA pour son insigne universel de personne ayant été dans l’espace est très élégante, mais comprendra-t-elle les passagers ou juste les professionnels ? Dans un futur proche, des astronautes professionnels de la NASA feront des vols suborbitaux avec Virgin Galactic. Quel sera leur statut ?

Cette nouvelle règle de la FAA va certainement remettre sur la table la définition même de l’astronaute.

Stéphane Sebile