Les Ailes d’astronautes – Early Years

Avec l’arrivée, de plus en plus nombreux, des vols spatiaux « touristiques » commence à se poser la question de savoir qui peut porter le titre d’astronaute. Est-ce que le fait d’aller dans l’espace fait de vous un astronaute (ou cosmonaute, spationaute, etc.) ?

L’occasion de revenir sur ce terme qui s’est imposé dès le vol de Youri Gagarine, le 12 avril 1961.

A l’origine des vols spatiaux habités, il y avait une seule règle édictée par la FAI (Fédération Aéronautique Internationale), à savoir : un astronaute / cosmonaute est une personne qui a dépassé l’altitude de 100 km (appelée Ligne de Karman), que ce soit pour un vol orbital ou suborbital. Cette règle de considérer aussi un vol suborbital arrangeait bien, il faut le dire, les Américains : rappelons que les deux premiers pilotes américains à avoir été dans l’espace (Alan Shepard et Gus Grissom, en mai et juillet 1961) n’avaient effectué que des vols suborbitaux d’une durée d’une quinzaine de minutes. D’ailleurs, depuis la fin des années 1990, de nombreuses nomenclatures d’astronautes ne considèrent plus les vols suborbitaux comme des vols embarquant des astronautes (Shepard et Grissom perdent donc leur place de deuxième et troisième hommes dans l’espace).

Un astronaute était donc au départ quelqu’un qui s’est entraîné un certain temps pour accomplir une mission donnée dans l’espace.

C’était simple quand seuls des pilotes américains ou soviétiques étaient concernés : astro-naute pour les Américains et cosmo-naute pour les Soviétiques. Naute signifiant voyageur, qui voyage (astres, cosmos). L’Académie française proposera spationaute pour désigner tout voyageur de l’espace, quelle que soit sa nationalité.

Puis, pour le programme de son avion-fusée X-15, l’US Air Force change un peu les règles et édicte la norme des 50 miles (80 km) d’altitude pour considérer avoir atteint l’espace. Cette règle n’est valable que pour les pilotes militaires, ce qui explique la présence de pilotes d’essais dans les rangs des astronautes – on les appelle alors les astronautes ailés.

Mais cette règle est très injuste car elle n’est valable pour les pilotes militaires. Or, dans le programme X-15, il y a aussi des pilotes civils. Et 3 d’entre eux dépassent les 50 miles mais n’auront pas le droit au titre d’astronaute à l’époque. Le record d’altitude pour un X-15 est de 107,96 km et… il est obtenu par un pilote civil (Jospeh Xalker, le 22 août 1963) !

Cette injustice sera réparée en 2005 et un seul des trois pilotes civils du X-15 ayant dépassé les 50 miles recevra ses ailes de son vivant.

Côté russe, il n’y pas d’insigne à proprement parler. Les cosmonautes, qui n’étaient pas tous pilotes même au début, reçoivent après leur vol une petite médaille (qui représente un vaisseau spatial et un satellite tournant autour de la Terre et où est inscrit « pilote-cosmonaute »), et le titre de Héros de l’Union Soviétique (après 1992, ce sera celui de la Fédération de Russie). Cette médaille se portait sur la droite de l’uniforme ou du costume mais pas lors de toutes les occasions.

Pour leur part, les passagers touristes voyageant à bord des vaisseaux russes n’ont pas de signe distinctif.

C’est du côté américain qu’apparaissent les premières ailes d’astronautes, prolongement honorifique des ailes de pilote, puisqu’au début, la Nasa ne recrutait que pilotes d’essais militaires. A l’arrivée des premiers civils en 1965, il a fallu se distinguer. Puis faire la distinction entre les différents corps d’armée, entre ceux qui avaient volé ou non, les touristes et les professionnels, etc. C’est finalement devenu assez compliqué de savoir qui fait quoi, qui est qui, et cela explique tous les différents logos/insignes d’astronautes que l’on peut voir désormais. Essayons cependant d’y voir un peu clair.

Pour les astronautes des programmes américains Mercury et Gemini (entre 1961 et 1966), il n’y avait pas d’insigne spécial indiquant que vous étiez astronaute et il n’y avait pas encore la mythique tenue bleue de travail, et encore moins la célèbre veste bleue que l’on connaît aujourd’hui.

Alan Shepard et Gus Grissom reçoivent le 6 décembre 1961 au Pentagone, des ailes spéciales : de l’US Navy pour le premier et de l’US Air Force pour le second.

C’est sur ces ailes que l’on voit pour la première fois les trois rayons qui se rejoignent, qui traversent un halo, avec une étoile à cinq branches au sommet.

Tous les astronautes Mercury (sauf Deke Slayton qui n’a pas volé sur ce programme) ont reçu des ailes similaires. En plus, les astronautes Mercury portaient sur leurs vêtements civils un pin’s représentant le symbole du programme : le chiffre 7 (comme le nombre d’astronautes de leur promotion) et le symbole de la planète Mercure (Mercury, en anglais).

A partir de 1963, avec la troisième sélection d’astronautes américains (Groupe 3), le corps des astronautes de la Nasa atteint 30 membres. Il est alors décidé, sous l’initiative de Wally Schirra, la création d’un nouveau pin’s qui sera le signe distinctif des astronautes. On reprend donc les trois rayons traversant un halo qui rejoignent une étoile à cinq branches. Une version argent est donnée à tout nouvel astronaute à l’issue de sa formation initiale, et qui devient une version or dès qu’il a effectué un vol spatial. Rien Ne pouvait distinguer de quelle arme, ou pas, faisait partie l’astronaute.

Cependant, sur les photos officielles des équipages de l’époque, rien ne permet de distinguer la personne qui a volé de celle qui n’a pas encore volé : on voit les astronautes soit en combinaison avec juste leur nom (nametag), soit en tenue de travail bleue. Par contre, sur les portraits individuels en civil, on peut y voir le pin’s, et en fonction de sa couleur, argent ou or, on sait si la photo a été prise avant ou après le premier vol spatial dudit astronaute.

Il y eut une exception : Deke Slayton, un des sept astronautes du programme Mercury n’avait pas volé dans l’espace à cause d’un problème cardiaque. Il était devenu le chef des astronautes et c’est lui qui sélectionnait les équipages.

L’équipage d’Apollo 1, pour la première mission habitée Apollo prévue en février 1967, avait décidé, pour le remercier et lui rendre hommage, d’emporter un pin’s d’astronaute dans l’espace et qui ferait de lui un « astronaute honoraire ». En effet, n’ayant pas volé, il portait un pin’s argent. Le pin’s qui devait être emmené à bord d’Apollo 1 était en or et un petit diamant était serti dans l’étoile.

Après l’accident tragique qui coûta la vie à l’équipage d’Apollo 1 lors d’un entrainement au sol le 27 janvier 1967, les veuves offrirent à Deke Slayton le pin’s. Par la suite, le pin’s vola jusqu’à la Lune en juillet 1969 lors de la mission Apollo 11.

Deke Slayton vola finalement dans l’espace lors de la mission Apollo-Soyouz en juillet 1975, et il emporta son pin’s d’astronaute avec lui.

Un seul pin’s d’astronaute, en argent, se trouve sur la Lune. C’est celui de Clifton C. Williams (1932-1967). Il est sélectionné en 1963 dans le Groupe 3. Il reçoit son pin’s à l’issue de sa formation en 1965. Mais se tue à l’entraînement avec son T-38 en octobre 1967, juste avant d’être affecté à la mission Apollo 12 en tant que quatrième homme sur la Lune. C’est son remplaçant, Alan Bean, qui déposera son pin’s d’astronaute lors de cette mission Apollo 12, en novembre 1969.

La première mission spatiale à représenter le symbole d’astronaute dans son logo/patch est la mission Apollo 14, en janvier-février 1971. Depuis, près d’une trentaine de missions de la navette spatiale l’ont aussi arboré directement ou indirectement. Quelques exemples :

A suivre : L’époque navette

Stéphane Sebile