Un risque méconnu

Crédit : Centre du calcul rénal et urétéral

Parmi les nombreux risques médicaux engendrés par l’exposition au milieu spatial, l’un des plus inattendus et méconnus est l’atteinte de la fonction rénale et urinaire. Ces deux systèmes physiologiques de filtration et d’élimination sont en effet exposés à divers dysfonctionnements, suffisamment graves et incapacitantes pour envisager l’interruption d’une mission spatiale. Ainsi, en novembre 1985, le cosmonaute russe Vladimir Vassioutine, membre d’équipage de la station soviétique Saliout 7, a dû être évacué en urgence au bout de 65 jours (pour une mission initialement prévue pour six mois), en raison d’une infection de prostate (prostatite).

Le calcul urinaire

Deux sources de dérèglements sont à craindre. Premièrement, les astronautes sont exposés à un risque accru de calcul urinaire, par augmentation de la concentration en calcium dans les urines (calciurie). Ce phénomène, secondaire à l’augmentation de la résorption osseuse générée par l’exposition prolongée à la micropesanteur, majore la probabilité de précipitation de ces sels de calcium, pouvant générer un calcul obstruant les voies urinaires. Cette affection nommée lithiase urinaire est source de douleurs, parfois très intenses, d’allure spasmodique. L’obstruction de l’écoulement de l’urine peut se compliquer d’infection bactérienne (tout ce qui stagne s’infecte), pouvant attaquer le parenchyme rénal ou même diffuser dans la circulation sanguine et générer un sepsis sévère. D’autres facteurs défavorables peuvent se combiner et participer à la formation de ces calculs urinaires, comme une déshydratation (entrainant une diminution de la diurèse), une acidification des urines en vol ou encore la prise de médicaments dit anticholinergiques (ayant la capacité de freiner l’élimination des urines).

Risque infectieux

Deuxièmement, le risque infectieux global est majoré pendant un vol spatial, avec des spécificités masculines (prostatite, épididymite) et féminines (cystite, bartholinite). Même sans facteur déclenchant comme un calcul rénal décrit précédemment, les urines sont sources d’infections spontanées. Les astronautes bénéficient à bord de moyens thérapeutiques (antibiothérapie) et diagnostiques (échographe) pouvant aider à stratifier et traiter ce risque.

Il apparaît que plusieurs astronautes ont dû être sondés durant des vols de la navette spatiale américaine, devant l’incapacité de pouvoir uriner spontanément. Les missions et/ou les noms des astronautes concernés n’ont évidemment jamais été révélés, par respect du secret médical.

La Station spatiale internationale est également équipée de sondes urinaires, pouvant être posées en cas de globe vésical et rétention d’urine. Ce geste semi-invasif est certes salvateur pour le patient mais peut toutefois être source de contamination secondaire de l’arbre urinaire. Il nécessite en tout cas une formation.

Prévention dès la sélection

Parmi les éléments médicaux permettant la sélection des candidats astronautes, la présence de calculs rénaux (même sans symptôme) ou toute malformation rénale sont des éléments rédhibitoires pour toutes les agences spatiales. Plusieurs candidats astronautes ont été éliminés pour ces raisons, que ce soit en Russie, aux Etats-Unis et en Europe.

Une problématique pour les missions interastrales

En conclusion, les affections urinaires et rénales sont fréquentes dans l’histoire des vols spatiaux. Elles ont été identifiées comme sources de problématiques très tôt au sein du programme lunaire américain Apollo et du programme de station soviétique Saliout. Ces risques sont sous surveillance étroite des Flight Surgeons (médecins de vol), et bénéficient de programmes de recherche en physiologie aérospatiale, afin de déterminer des contre-mesures nutritionnelles pour réduire les risques de lithiase par exemple. L’hydratation des astronautes est extrêmement surveillée également.

Cependant, les futures missions interastrales sur la Lune ou Mars devront probablement proposer des options thérapeutiques médicales plus invasives (comme la cystoscopie en cas de lithiase), ne cédant pas au traitement initial. L’implémentation de ce type de procédures en milieu spatial génère cependant une multitude d’interrogations logistiques et éthiques.

Docteurs Séamus Thierry et Guélove Nolevaux