
Le 26 juillet 1972, trois astronautes de la Nasa, Robert Crippen, William Thornton et Karol Bobko, commencent une mission critique qui ne doit pas quitter le sol, dans le cadre des préparatifs du programme de la station spatiale Skylab : SMEAT (Skylab Medical Experiment Altitude Test (Test d’altitude de l’expérience médicale de Skylab).

La première station orbitale américaine
Approuvé en juillet 1969 par la Nasa, le programme de laboratoire orbital Skylab visait à utiliser le matériel lunaire du programme Apollo, pour établir sur orbite terrestre basse une installation de recherche habitée, pour mener des recherches en astronomie, en physique solaire et en observation de la Terre, mais surtout pour étudier l’adaptation de l’homme aux vols spatiaux de longue durée.
Les séjours de longue durée autour de la Terre n’ont démarré qu’en juin 1970, avec l’envoi de la première station russe Saliout, et le plus long séjour orbital n’est alors que de 23 jours et 18 heures, réalisé par les cosmonautes de la mission Soyouz 11.
Beaucoup d’inconnues subsistent alors sur la santé des hommes dans l’espace durablement plongés dans un système écologique fermé. Ainsi, une étude dans un milieu simulant au mieux les conditions de vie et de travail réelle apparaît comme une bonne approximation de ce que l’équipage vivra une fois véritablement dans une station orbitale.
La simulation SMEAT proposée par la Nasa doit durer 56 jours dans une chambre d’altitude qui permet de simuler l’atmosphère prévue du laboratoire orbital. Une chambre à vide est sélectionnée au centre des vols de la Nasa, le MSC (Manned Spacecraft Center), devenu le centre spatial Johnson à Houston, au Texas.
L’objectif est de représenter au mieux les véritables conditions de vie d’un équipage sur orbite (activités quotidiennes et de loisirs, alimentation, hygiène personnelle, éclairage, communication avec le sol…), de collecter des données médicales de base sur l’équipage, et de tester certains matériels et procédures d’expérience prévus pour être utilisés à bord de Skylab, dont le lancement est alors prévu en avril 1973.
Un aménagement proche de celui de Skylab

Construite en acier épais, la chambre de tests mesure 6 mètres de diamètre, pour 6 mètres de hauteur.
Elle utilise de l’oxygène à 100 %, à une pression pouvant descendre à 5 psi – mais qui, en cas d’urgence, peut être remontée à 14 psi en 6 secondes).
L’espace a été aménagé sur un seul niveau – à la différence de la station, qui disposera de deux niveaux –, dans lequel doit vivre l’équipage et mener la plupart des expériences, avec un petit sas qui sert à introduire la nourriture et divers équipements.
Un circuit d’éclairage (plus celui de secours) Des canaux sont disponibles pour les communications, et un système automatique de fourniture d’oxygène en cas d’urgence et de lutte contre les incendies.
Un système de télévision en circuit fermé et un système de chauffage pour réchauffer ou refroidir l’atmosphère et à l’intérieur.
La chambre est équipée de quinze points de vue et de deux sas qui comprennent également des hublots.
Les sacs de couchage sont placés à l’intérieur de placards, la chambre principale occupant la même surface que dans l’espace, et la salle de bain et les toilettes se trouvent également séparés.

Une mission de 56 jours
Les trois astronautes passent un dernier examen médical la veille du début de l’expérience, et entament une purge d’azote dans leur sang, assis dans des fauteuils.
Le premier constat après leur installation dans la chambre d’altitude est la mauvaise transmission du son dans une atmosphère à basse pression.
Quelques problèmes de gaz gênent également les trois hommes, surtout durant les premiers 15 jours, ainsi que le bruit de fond ambiant qui s’avère de plus en plus prégnant.
La journée type démarre à 7 heures du matin, avec le petit déjeuner suivi d’une première séance de travail (de 9 à 13 heures), d’une pause déjeuner, d’une seconde séance de travail (de 14 à 19 heures), du dîner, d’une revue de 30 minutes sur les activités du jour, d’une séance de ménage de 30 minutes et d’une heure de loisir. Extinction des feux vers 23 heures.
Karol Bobko et Bob Cripen profitent essentiellement de leur temps de repos pour apprendre le russe, en prévision du vol américano-soviétique de 1975, ASTP (Apollo-Soyouz Test Project), les deux hommes faisant partie de l’équipage de soutien.
L’exercice physique fait partie intégrante de l’expérience, mais le vélo ergonomique, non prévue pour fonctionner aussi longtemps avec la pesanteur terrestre, casse rapidement. Il est passé au travers du sas et réparé.
Le confort des astronautes a sérieusement été étudié et amélioré depuis les missions Apollo, avec notamment de la nourriture variée et une douche qui permet de se laver complètement une fois par semaine.
Tous les déchets (liquides et solides) sont récupérés et analysés.
Le 11 septembre 1972, on célèbre « à bord » les 35 ans de Bob Crippen.
Le 20 septembre à 7 heures du matin, après 56 jours d’enfermement sans contact physique avec l’extérieur, les trois hommes quittent la chambre à vide, sous les applaudissements de leurs familles et des officiels du centre spatial.

Pierre-François Mouriaux
