Éviter la détresse psychologique (1/2)

Valéri Rioumine (à gauche) et Leonid Popov à bord de Saliout 6
Crédit : Roscosmos

L’astronaute allemand Matthias Maurer a terminé le 9 janvier son deuxième mois de séjour à bord de la Station spatiale. Cette période a été identifiée comme particulièrement sensible concernant la santé mentale des astronautes.

Le suivi psychologique des astronautes est majeur durant cette période. Les conséquences du confinement, nous sommes tous désormais bien placés pour le savoir, augmentent avec le temps. De même le profil extrêmement différent désormais des voyageurs spatiaux (nationalité, âge, formation, sexe, touristes…) peut engendrer des incompréhensions et des tensions au sein de l’équipage.

Les spécialistes au sol ont identifié la deuxième moitié du temps d’un vol de longue durée comme étant une période plus à risque de troubles psychologiques. Une fois l’excitation du départ et de la découverte de ce nouveau milieu de vie, cette partie de la mission (encore à distance des préparatifs du retour) peut engendrer une certaine forme de solitude. Le manque des proches se fait alors sentir, la routine de l’emploi du temps chronométré et l’exigence des deux heures de sport quotidien pour maintenir leur condition physique, sont bien souvent pesantes pour les astronautes.

La parole à ce sujet est rare

Les confidences d’astronautes à ce sujet sont rares, mais on dispose notamment de celles du cosmonaute russe Valéri Rioumine, vétéran de quatre vols spatiaux, dont deux de longue durée à bord de la station soviétique Saliout 6 (175 jours entre février et août 1979, puis presque 185 jours entre avril et octobre 1980) : il considère que « le meilleur moyen d’encourager l’art de l’assassinat consiste à enfermer deux hommes pour deux mois dans un local de 5 mètres sur 6 » !

Pour la petite histoire, ce même cosmonaute s’auto-désignera pour embarquer en juin 1998 à bord de la navette spatiale américaine Discovery, qui effectue une mission de ravitaillement de la station Mir, afin de juger par lui-même de l’état de celle-ci, après l’incendie et la collision provoqués en juin 1997 par le vaisseau de ravitaillement automatique russe Progress 34.

Son confrère et concitoyen Valentin Lebedev, a pour sa part confié dans son livre 211 jours dans l’espace (journal de bord rédigé à l’occasion de son séjour à bord de la station Saliout 7, entre mai et décembre 1982), qu’au bout d’un moment, il ne supportait plus même l’odeur de son collègue Anatoli Berezovoï lors de leur séjour commun (de plus de 211 jours), et qu’ils ont passé plusieurs jours sans se parler afin d’éviter d’en venir aux mains…

Docteur Guélove Nolevaux